Dans les plis du Monde

MDAC exposition été 2016 : Dans les plis du monde 

L’artiste peut avoir une position particulière dans le monde, dans les plis, dans leurs creux, derrière et par delà les surfaces. Il déplie, il soulève, il dévoile. C’est de cette « état d’être » de l’artiste qu’est né la conception-même de l’exposition. Dans les plis du monde fait suite à une résidence de six mois proposée à des  artistes de la région, qu’ils soient issus d’école d’art ou autodidactes, autour de la manipulation du tissu. Il s’agit d’une installation qui se déploie sur tous les étages de la MDAC et qui se revendique comme un  art de l’expérience plutôt que comme celui d’une forme finie. Cette exposition pourrait par la suite être montrée, avec des ajouts d’artistes et un travail in situ, dans un nouveau lieu choisi. Le public est invité à se frayer son propre passage conceptuel et tactile dans cette proposition évolutive et  à en en démêler les possibles complexités.

Anne Sechet, commissaire d’exposition

Description du projet

A l’annonce du projet, imposant une oeuvre fabriquée en tissu, j’ai réagi de façon impulsive refusant catégoriquement de participer.

Le tissu constituait pour moi une matière détestable tant en tant que matériel que dans ce qu’il représente. Vieux tissus, chiffons, matière molle, poussiéreuse. A mes yeux, le tissu symbole d’une féminité désuète, reléguait la femme au foyer : couturière, rapiéceuse, tricoteuse. Enfant, je devais me soumettre à l’essayage des robes cousues pour moi par mes tantes: un calvaire de me voir affublée de tissus bariolés, ajustés et inconfortables.

J’étais persuadée de n’avoir aucun tissu chez moi jusqu’à l’ouverture d’une commode ayant appartenu à mon père dans un coin de mon atelier. Les tiroirs étaient remplis de ses vieux draps et vieilles nappes. J’avais tout jeté à sa mort, sauf ça. Je devais faire le deuil de mon histoire tourmentée avec mon père. J’ai utilisé ses tissus pour imprimer des pièces en argiles papier. J’ai déchiré les draps pour assembler les pièces d’argile et pour tisser l’escalier.

Deux installations sont nées de cette contrainte technique:

  • une pièce murale fabriquée en terre papier blanche  imprimée éponge, dentelle, plis, et draps déchirés qui évoquait pour moi les mois d’hospitalisation de mon père.
  • Un escalier tissé de draps rayés orangés déchirés et de pièces lustrées en argile papier  imprimée de mes mains. Les couleurs évoquent les tissus madras des Antilles ou mon père a souvent voyagé et rencontré ses femmes. Mes empreintes de main saisissent la terre en remplacement de la main que mon père m’a refusée jusqu’a son dernier souffle de vie.